Et si on dansait?

Danser pour mieux vieillir (ensemble)

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Jusqu’à un certain âge, les principales craintes que nous nourrissons concernant notre santé sont celles de maladies graves qui pourraient nous coûter la vie. Pour les personnes de 60 ans et plus, les inquiétudes se concentrent plus sur les pertes de mobilité et de mémoire. Car ce sont les deux éléments qui garantissent notre autonomie et nous assurent de vieillir et de mourir dans la dignité. Pas facile, en effet, d’être obligé de s’en remettre aux autres pour s’habiller, se laver, se nourrir, se déplacer. Dur de constater qu’on ne retient plus bien un certain nombre d’informations et de sentir planer l’ombre de la sénilité. Voilà la raison pour laquelle j’ai décidé d’orienter les recherches de cette troisième chronique sur les effets potentiels de la danse sur le cerveau et sur la santé mentale.

Le vieillissement du cerveau

Mes premières recherches me conduisent sur le site du Laboratoire d’étude de la santé cognitive des aînés (LESCA) où l’on explique que peu de nouveaux neurones se forment dans le cerveau adulte et que le nombre de connexions neuronales diminue avec l’âge. En d’autres termes, nous avons un certain quota de cellules cérébrales et les réseaux de communication qu’elles organisent entre elles se désagrègent avec le temps. Mais tandis que les zones responsables de nos fonctions vitales sont relativement épargnées, celles qui gèrent notre mémoire et nos fonctions exécutives sont les plus sujettes au vieillissement. Trous de mémoire, difficultés à faire plusieurs choses en même temps ou à inhiber un comportement inadéquat font partie des symptômes liés à la dégradation de ces aires cérébrales. La bonne nouvelle, c’est que même vieillissant, notre cerveau reste doué d’un pouvoir de transformation. C’est ce qu’on appelle la plasticité neuronale : il peut non seulement apprendre, mais aussi apprendre à faire les choses différemment.

Limiter les dégâts

Parmi les actions à mettre en œuvre pour ralentir le vieillissement du cerveau, les chercheurs du LESCA recommandent de garder nos circuits neuronaux actifs. En pratiquant de nouvelles activités pour offrir au cerveau l’occasion de créer de nouveaux circuits neuronaux. Cela peut par exemple faciliter notre adaptation à un environnement changeant et la prise de décision pour trouver des solutions dans les situations où notre routine est contrariée. Mais pour être vraiment efficaces, ces nouvelles activités doivent nous pousser hors de notre zone de confort et au-delà de nos limites connues. Retourner sur les bancs d’école, se servir de nouveaux outils technologiques compte au nombre des choix possibles. Ainsi, les participants de Et si on dansait? prennent soin de leur cerveau sans l’avoir prémédité. L’attention dont ils doivent faire preuve pour répondre aux consignes d’Emmanuel et de Sarah et les efforts de mémoire qu’ils doivent fournir pour reproduire les différentes séquences chorégraphiques sont autant de stimulations positives de leurs fonctions cognitives.

Bouger pour la longévité

C’est de notoriété publique : l’activité physique est une condition majeure pour entretenir une bonne santé tout au long de la vie. Mais si les exercices en douceur et en fluidité sont excellents pour les articulations, comme nous l’avons vu dans ma précédente chronique, c’est d’aérobie dont notre cerveau semble avoir le plus besoin pour des retombées significatives au niveau des fonctions cognitives. C’est ce que révèlent les études scientifiques menées jusqu’à présent, précisant que l’activité doit durer une heure et être pratiquée au minimum trois fois par semaine. La danse, si tant est qu’elle sollicite fortement le système cardiorespiratoire, peut donc contribuer à améliorer la vitalité cognitive. Mais quels bienfaits pour le cerveau une danse plus modérée peut-elle avoir en comparaison d’une séance de cardio sur vélo ? C’est ce que certains membres de l’équipe du LESCA cherchent à savoir dans le cadre d’une étude menée sur trois ans en collaboration avec le Centre national de danse-thérapie, à Montréal.

La coordinatrice en recherche Alida Esmail est restée très prudente sur les résultats préliminaires de cette étude où l’activité dansée comprend des mouvements expressifs et des exercices entre participants dans lesquels l’équilibre entre en jeu et la mémoire est légèrement sollicitée. Les premiers constats sont que la dimension sociale entretient la motivation des individus et que la danse aurait de meilleures incidences sur la qualité de vie physique et mentale. Mais la preuve scientifique reste encore insuffisante.

Estime de soi et autres bénéfices

Mes recherches m’ont aussi conduite jusqu’à Rouyn-Noranda, sur la trace de Muguette Lacerte, infirmière retraitée qui a vanté les bienfaits de la danse pour la santé dans le média communautaire Journal Ensemble. Elle a un peu lu sur le sujet et surtout, elle en a fait l’expérience sur le terrain, car elle a pratiqué danses en ligne, sociales, baladi, Zumba et s’est même risquée une fois en atelier de création. « Pendant longtemps, je dansais de 10 à 15 heures par semaine, c’était ma drogue ! On sait que la danse libère des endorphines, ce qui augmente les capacités cognitives, et aussi de la dopamine qui provoque une sensation de bien-être. Des publications dans le New England Journal of Medicine l’ont démontré », assure-t-elle.

Comme les chercheurs du LESCA, l’ex-infirmière souligne l’importance pour les personnes âgées de briser la routine et l’isolement, d’aller à la rencontre de l’autre. C’est bon pour le cerveau et aussi pour l’humeur. Comme eux, elle évoque la réduction du stress qu’elle pense liée au fait de vivre l’instant présent et à l’augmentation de l’estime de soi qui vient avec la satisfaction de réaliser des tâches dont on ne se croyait pas capable. « On a souvent appris à cultiver un jardin, à faire de la couture, à peindre…, mais rarement à créer avec son corps, reconnaît-elle. Un projet tel que Et si on dansait? permet de s’exprimer, de mieux se connaître, de prendre conscience de soi et de se faire plus confiance par la suite. C’est particulièrement important pour les aînés. Et puis, la fierté de s’être engagé dans une aventure comme celle-ci et de la mener à bien a aussi des effets très positifs sur des personnes dont la société ne reconnaît pas toujours la valeur. »

Deux générations, des réalités similaires

Muguette Lacerte a travaillé en fin de carrière à la prévention des chutes et de la violence chez les personnes âgées. Commentant en direct la vidéo L’entrée dans l’espace, elle reconnaît le travail de l’équilibre et de la coordination, se réjouit des contacts physiques qui nourrissent une rencontre plus intime et invite à développer l’écoute de l’autre et de soi. Car tout cela, selon elle, est susceptible d’améliorer la qualité de vie des individus. Mais ce qui l’interpelle le plus, c’est la dimension intergénérationnelle du projet.

« La rencontre des générations est particulièrement importante dans la prévention de la violence auprès des aînés, car jeunes et personnes âgées vivent des situations très similaires. Prenons l’exemple du permis de conduire : les jeunes le veulent pour accéder à une forme de liberté, les personnes âgées veulent le conserver parce qu’il est synonyme d’autonomie. Les abus financiers que subissent certaines personnes âgées sont comparables au taxage dans les écoles et provoquent le même type de sentiments. Le jeune veut montrer de quoi il est capable pour faire sa place; la personne âgée doit aussi faire la preuve qu’elle peut conserver sa place et ses responsabilités… Cela a l’air évident quand on le dit, mais on a besoin de l’enseigner pour que le regard que les générations se portent mutuellement puisse changer. Pour ce qui est de la violence, une personne ayant une bonne estime de soi pourra mieux s’en défendre. Alors pour moi, tous les moyens sont bons pour briser l’isolement, s’extérioriser et augmenter la confiance en soi. Entre autres, la danse. »

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