Et si on dansait?

Témoignages

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Rencontre avec 7 participants plus qu’allumés de Et si on dansait? pour un premier bilan et quelques impressions avant le jour J du 30 avril. Parmi les dénominateurs communs : le désir que la présentation publique ne soit qu’une étape dans la découverte des joies de l’expression par le mouvement et de la création.

Sortir de sa coquille, assouplir le mental

DSC00161Poussée par sa fille à relever le défi de se lancer dans l’inconnu d’une aventure de création, Jocelyne Chevallier, 66 ans, n’y trouve que des avantages. « Ça change tous mes paradigmes », lance-t-elle pour ouvrir notre conversation. Avec une éducation où il était interdit de s’exprimer et une carrière dans la finance, elle n’avait eu jusqu’à présent que la structure pour référence. La danse, elle a toujours aimé ça. Mais avec des comptes et des mouvements qui suivent la musique. « J’étais plutôt conventionnelle, reconnaît-elle. À mon époque, Elvis Presley, c’était le diable! On est à des lunes de ça!» Alors, on comprend bien qu’il lui ait fallu un peu de temps pour réussir à se laisser-aller à l’improvisation, à laisser parler son imaginaire et son instinct.

« L’abandon a été progressif, guidé par Emmanuel et Sarah qui sont très passionnés et nous incitent à les suivre par une série de jeux qui favorisent le lâcher-prise et créent une certaine euphorie. Et puis, la présence des autres a favorisé mon évolution et j’ai découvert avec bonheur que la structure n’est pas la seule voie pour aboutir à quelque chose. »

Retraitée depuis cinq ans, Jocelyne a eu tendance à s’assoupir un peu dans le confort de ses pantoufles. Et si on dansait? a redonné un élan à son désir d’apprendre et de se dépasser et lui procure un sentiment de fierté et d’accomplissement qu’elle a aussi moins souvent l’occasion d’expérimenter. Mais il ne faudrait tout de même pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué : le test final, ce sera la présentation publique. Parce que là, il va falloir bien performer. Et si, bien performer, c’était tout simplement de réussir à composer avec les erreurs, les imperfections, lui dis-je. « Mais oui, je pourrais l’envisager comme ça. Une autre invitation à changer de paradigme », s’exclame-t-elle en riant. 


Retrouver la liberté de l’enfance

Zumba, danses sociales, danse en ligne, club de marche… À 60 ans, Louise Vignis est une de ces retraitées qui croque la vie à belles dents et ne s’ennuie jamais. C’est par le centre communautaire pour aînés Projet changement qu’elle a eu vent du projet organisé par Circuit-Est centre chorégraphique. Pourquoi ne pas ajouter la danse contemporaine à son agenda et pourquoi ne pas y embarquer son amie et complice France ? D’emblée, elle a eu la piqure. Et pour rien au monde, elle n’aurait raté un de ces rendez-vous du samedi matin.

DSC00967« J’ai souvent dit à la blague que je me sentais comme à la maternelle, confie-t-elle. J’ai été élevée par les bonnes sœurs et j’ai envié cette chance que mes filles ont eue de s’épanouir par la pratique des arts à la maternelle. Et bien, c’est chose faite pour moi aussi! »

Fonctionnaire « très encadrée et encadrante » pendant 35 ans, Louise a dû s’adapter, comme plusieurs autres participants, à la liberté offerte par la création avec Emmanuel et Sarah. « Ils nous ont laissés assez libres de nos gestes et de nos pensées, précise-t-elle. Nous devons respecter les grandes lignes du spectacle, mais il y a peu de synchronisation et chacun de nous décide de son interprétation. Ça a été déstabilisant au départ, mais j’ai embarqué et j’en retire énormément de plaisir. »

Le plaisir, ce moteur essentiel de toute activité humaine, est aussi un gage de persévérance. Car, le corps de Louise ne répond plus aussi bien qu’elle le souhaiterait et, soucieuse de sa santé, elle trouve dans la danse créative une occasion idéale de prendre soin d’elle en « bougeant dans la joie ». Un moment d’évasion excellent pour le corps, la tête et le cœur.

 

Partir de soi, aller vers les autres

Il n’est jamais trop tard pour oser la transformation. Richard Trottier en est une preuve vivante. À 70 ans, il s’est inscrit à Et si on dansait? pour vaincre ses blocages dans l’expression corporelle. Avec un projet s’adressant aux personnes âgées, il était sûr que l’on n’exigerait pas de lui une performance. Et pour ce qui est de la mémoire, il a trouvé juste assez de mouvements à mémoriser pour faire travailler le cerveau sans que ça devienne une épreuve. Bref, les conditions étaient idéales pour qu’il se jette à l’eau sans crainte.

« Ce à quoi je ne m’attendais pas et qui m’a beaucoup plu, c’est l’importance accordée par Emmanuel et Sarah à la conscience de son propre corps. Ils nous ont beaucoup poussés à vivre l’expérience de façon plus sensorielle qu’intellectuelle. Comme je travaille toujours très fort dans ma tête, c’était parfait pour moi. Le travail sur le rythme et sur les changements de poids d’une jambe à l’autre m’ont aussi beaucoup aidé. »

DSC00949Autre élément ayant favorisé l’ouverture de Richard : la bienveillance du groupe. « J’ai aussi été agréablement surpris par le fait d’être en contact avec les autres danseurs et avec le public; que ce soit un projet collectif. Je me suis tout de suite senti en confiance. Je savais que je ne serais pas jugé. J’ai été touché de voir que les autres aussi cherchaient à réaliser quelque chose à travers ce projet, y compris pour les artistes. Car ils changeaient parfois d’idée quand certaines propositions ne marchaient pas. Et même si c’était un peu intimidant au départ, j’ai trouvé que le contact corporel renforçait l’esprit de camaraderie et le sentiment de bâtir quelque chose ensemble. »

De nature plutôt individualiste, Richard a découvert ici les joies d’une solidarité tissée dans le silence des danses partagées. Une manière de communiquer inhabituelle qui brise l’isolement typique de la vie citadine, qui ouvre les horizons. Et lui qui s’impose cinq séances hebdomadaires d’elliptique et d’étirements pour pouvoir s’adonner librement aux plaisirs de la table, il a maintenant trouvé une autre bonne raison de se maintenir en forme.

 

Trouver la beauté au-delà des standards

DSC01004Enfant, Céline Cossette dansait dans le sous-sol de la maison familiale en regardant Les Beaux Dimanches à la télévision. Pourtant, c’est au théâtre qu’elle s’adonne depuis plus de 15 ans et, aujourd’hui âgée de 66 ans, elle est en voie de professionnalisation. Cet inspirant projet de retraite, elle l’enrichit aussi de toutes sortes d’activités parmi lesquelles Et si on dansait? Comme bien d’autres participants, elle souligne le plaisir toujours renouvelé des ateliers du samedi, l’intérêt de la diversité du groupe et le confort d’une pratique où on laisse au vestiaire tout jugement et censure.

« J’ai plus l’impression de faire partie d’une aventure que d’une performance; je n’ai pas à rentrer dans un rôle. Je découvre que je peux faire un tout avec mon corps et ce qui est fantastique, c’est que, moi qui déteste les miroirs parce que je me trouve trop grosse, j’oublie totalement mon image quand je danse. »

C’est donc en toute liberté et, dit-elle, avec une forme de naïveté que Céline explore les possibilités de mouvements, s’émerveillant comme une enfant de réussir des choses dont elle ne se pensait pas capable. Au fil des semaines, elle a gagné en souplesse… de corps et d’esprit.

« Quand je regarde les autres danser, je suis touchée par toute cette belle créativité : les gens sont vrais, ils s’expriment à partir de qui ils sont sans souci de faire joli. Je les trouve beaux. Ces ateliers ont réveillé en moi une bienveillance et une capacité d’étonnement que j’aimerais conserver pour regarder le monde. »

Habituée des processus de création, Céline compose facilement avec l’insécurité que génèrent les essais-erreurs et les changements de direction. « On propose; Emmanuel et Sarah disposent. J’ai l’impression qu’ils auraient voulu aller encore plus loin avec nous, mais on est arrivé quand même à une proposition de qualité, très intéressante. Travailler avec eux a renforcé ma conviction qu’il faut faire confiance au processus et au groupe. Bien sûr, l’approche de la présentation publique fait monter la nervosité, mais moi, je ne ressens pas de pression face à ce qui n’est pas bien placé. Il s’agit juste de partager les fruits d’une aventure. »

Poser un nouveau regard sur la danse

DSC09857« Il existe peu de propositions de ce genre pour les personnes âgées et c’est encore plus rare que des hommes s’y inscrivent », se réjouit Danielle Boileau, même si, des cinq hommes présents à la séance d’information de Et si on dansait?, il n’en est resté finalement que trois. Entraînée dans l’aventure par son amie Céline, cette retraitée de 65 ans avait justement abandonné le tango après quatre ans pour cause de manque de partenaires masculins. « Une belle connivence s’est développée avec les gens de mon groupe, on rit beaucoup. Je me sens plus proche d’eux que je ne l’avais imaginé. Et puis, la présence de participantes plus jeunes est très rafraîchissante. L’une d’entre elles est particulièrement pétillante, allumée. »

Des décalages entre ce qu’elle avait imaginé et la réalité des faits, Danielle en a réduit quelques autres au fil des séances. « Je pensais avoir plus de rythme, être plus souple et être capable d’une meilleure fluidité, mentionne-t-elle. Certaines consignes étaient moins faciles à réaliser qu’elles n’en avaient l’air. J’ai dû apprivoiser mon corps. » Heureuse de faire travailler ses méninges tout autant que son anatomie, elle a particulièrement aimé d’avoir à créer sa propre séquence chorégraphique à partir de petits poèmes japonais, des haïkus, tirés au hasard. Autre surprise pour elle : le fait qu’une grande partie du matériel dansé est produit par les participants eux-mêmes.

« Je m’attendais à devoir exécuter une chorégraphie écrite. Pour moi, ce que nous faisons ressemble plus à de l’expression corporelle qu’à de la danse. » Le mouvement doit-il être formel et clairement codifié pour être de la danse? Bien des gens, comme Danielle, en sont convaincus. Pas du tout prête à qualifier de « chorégraphie » la mise en espace de tout le matériel produit pendant les ateliers, elle reconnaît pourtant que le travail présenté le 30 avril résulte d’une démarche artistique mûrement réfléchie. Et ce qu’elle en apprécie le plus, c’est la très contemporaine dimension interactive de ce work in progress.

« Je trouve génial que le public soit impliqué et je n’éprouve aucune gêne à regarder les spectateurs dans les yeux ni à être en contact physique avec eux. Ils vont avoir à se déplacer pendant la présentation pour voir tout le monde. Je pense qu’ils vont se sentir partie prenante du spectacle et qu’ils seront plus attentifs. C’est vraiment bien. »

Déjouer les habitudes, s’inspirer des différences

 Quand elle a vu l’évènement sur Facebook, le fait qu’elle ne corresponde pas à la tranche d’âge des participants recherchés pour Et si on dansait? n’a pas arrêté Tiffanie Boffa. À 23 ans, cette jeune danseuse professionnelle se passionne pour la façon dont le mouvement se fraie un passage dans le corps de non-danseurs adultes et, qui plus est, de personnes âgées. Forte d’une expérience intergénérationnelle vécue l’été dernier, elle a écrit aux responsables de Circuit-Est centre chorégraphique pour voir comment elle pourrait s’intégrer au projet. On lui a tout simplement offert de vivre l’expérience de l’intérieur.IMG_0047esod_atelier_26-03_par CE

« Au début, je ne savais pas comment me positionner, mais je me suis laissée porter par les évènements, guidée par Emmanuel et Sarah. J’apprends énormément en observant leur approche, les difficultés auxquelles ils font face et les solutions qu’ils trouvent. Ils sont très sensibles, très impliqués et complémentaires. Ils ont réussi à établir un réel contact avec tout le monde et à offrir du temps à chacun. »

Aussi pleinement participante que les autres, Tiffanie s’est bien gardée de prendre le lead qu’on lui aurait volontiers laissé lors des explorations collectives. La collaboration avec des non-professionnels l’a même amenée à sortir de ses habitudes, à moduler ses réflexes en recherche créative. « Je ne me suis jamais ennuyée une seule seconde dans cette expérience qui m’entraîne à développer mon écoute face à ce genre de public. Je les trouve volontaires, super investis, prêts à se donner toujours plus à chaque répétition. Ils ont pris de l’assurance au fil des séances, ils prennent plus d’initiatives, dévoilent leur sensibilité, affirment leur personnalité… Ils sont aussi inspirants que n’importe quels danseurs professionnels. »

Se raconter par le mouvement

 Quand sa mère lui a proposé de s’inscrire avec son amie Madeleine pour le projet Et si on dansait?, Mathilde Fortin, 14 ans a dit oui sans trop savoir dans quoi elle s’embarquait. Déjà bénévole auprès de personnes atteintes d’Alzheimer dans le cadre d’un programme du Musée McCord, elle complète ainsi son expérience avec un autre type de représentants de l’âge d’or.

DSC00930« C’est intéressant d’échanger avec des gens plus expérimentés, on a d’autres sujets de conversation, on peut apprendre plein de choses, avance-t-elle, dans un discours très structuré. Je suis un peu timide et ne vais pas naturellement vers les autres, mais les duos nous ont permis de nous rapprocher et, finalement, je me rends compte que l’âge n’a pas d’importance. Quelqu’un de sympa est sympa, c’est tout. »

Initiée au ballet classique qu’elle pratique à raison de deux fois par semaine, Mathilde a aussi eu l’occasion de se frotter à l’improvisation dans un cours de danse contemporaine qu’elle a pris l’an dernier en compagnie de Madeleine qui compose avec elle le pôle adolescent de Et si on dansait? Elle en trouve les exigences parfaitement appropriées à un public avec différentes capacités physiques. De son côté, elle apprécie la liberté de mouvement de la danse contemporaine et le champ qu’elle ouvre à son expressivité.

« En classique, on est tous pareils, il faut contrôler tous ses muscles pour avoir la bonne posture et les émotions sont calculées, on joue un rôle. Je me débrouille bien, mais je ne suis pas dans le Top. Alors qu’ici, tout le monde est différent, il n’y a pas de niveau à atteindre, pas de comparaison. On cherche vraiment le ressenti, les émotions et je me rends compte que je vais beaucoup puiser dans mon vécu pour improviser. S’il ne m’était rien arrivé, je n’aurais aucune base pour danser. Je trouve cette manière de créer très libératrice : danser ce qui m’est arrivé, c’est comme me confier à quelqu’un. Et puis, même quand je ne suis pas inspirée, je commence à bouger et une idée arrive. Je peux faire des choses très différentes sur une même musique selon mon état du moment. J’adore ça. Inventer me rend très fière de moi. »

Également violoniste à ses heures, Mathilde n’éprouve aucune angoisse à l’approche de la présentation publique. Super confiante, elle a même plutôt hâte. « Les ateliers sont axés sur l’exploration, pas sur la mémorisation. La chorégraphie a d’ailleurs souvent changé pour coller à la vision d’Emmanuel et de Sarah. On n’est pas des robots qui doivent tout connaître sur le bout des doigts. Alors, même si c’est imparfait, ça va être beau. Le plus important, c’est de s’amuser. »

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