Et si on dansait?


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Et si on dansait? la suite

Suite à l’engouement des participants du projet de médiation culturelle Et si on dansait?, Circuit-Est offre exceptionnellement un atelier de danse contemporaine adapté aux personnes âgées de 50 ans et plus, les jeudis du 15 septembre au 3 novembre 2016, de 10 h à 12 h. Cet atelier, dirigé par Sarah Dell’Ava, permet d’améliorer la fluidité des mouvements, la force, l’équilibre, la mémoire et de développer sa créativité. L’initiation à la danse se fera à travers des échauffements pour délier le corps, des explorations dirigées et l’apprentissage de séquences dansées.

Informations et inscriptions
514 525-1569 | info@circuit-est.qc.ca

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Délicieux fruits de l’aventure

Deux allées parallèles bordées de spectateurs, deux classiques rangées de gradins pour une vue générale et, en vis-à-vis, les 21 participants de Et si on dansait?, assis en rang d’oignon sur des bancs en bordure de scène. Tous vêtus de vert, ils forment le paysage composite et vibrant d’une communauté qui croque la vie à pleines dents et qui s’apprête à partager avec nous les fruits de l’aventure initiée à l’hiver.

Leur printemps explose en solos et mouvements de groupe dans une chorégraphie qu’ils rendent comme des pros par deux fois. Une dans chaque allée dont le public aura changé dans un bref intermède. Ils sont magnifiques. Touchants de vérité et de vitalité. Ils viennent prendre nos mains pour y souffler une délicate brise. Ils y déposent des pierres quand ce n’est pas leur tête. Ils murmurent à nos oreilles des haïkus qu’ils incarnent en mouvement en les dédiant plus particulièrement à l’un ou l’autre d’entre nous. Ils se donnent entièrement et sont pleinement reçus. Le public est captivé, y compris les enfants. La tendresse se lit dans les regards et les sourires. L’émotion roule parfois en larmes sur les visages. Le défi du contact avec le public est relevé de main de maître. Le spectacle a beau être porté par des amateurs qui, pour la plupart, ont plus de 50 ans, le geste est précis, la présence est totale et l’effet, saisissant.

Qu’en disent les artistes-médiateurs ayant guidé le groupe jusqu’à cette prouesse? Assis au soleil devant l’ancienne église anglicane qui abrite Circuit-Est centre chorégraphique, Emmanuel Jouthe et Sarah Dell’Ava font le bilan à chaud de l’expérience. Tous deux s’accordent à dire qu’elle fut aussi forte humainement qu’artistiquement.

La vie, essence de la danse

« La vitalité n’a pas d’âge, lâche Emmanuel, et elle s’est particulièrement exprimée dans le second enchainement. Dans le premier, c’est la rencontre avec les spectateurs, la cerise sur le Sundae. Dans le second, ils m’ont fait vivre l’aura de la cerise en quelque sorte. J’ai vu de la vie sur scène! Cela m’a conforté dans l’idée qu’on a bien tort de catégoriser les générations. Parce que dès qu’il y a de la vie, il y a une voie pour l’expression. Il faut juste une sensibilité collective pour lui donner la bonne direction. Et j’avais beau être préparé pour cet atelier, la vie prenait toujours le dessus. Malgré toutes les difficultés, je voyais la volonté, le feu dans les yeux, la gratitude, les personnalités qui s’affirmaient… C’est l’ingrédient de base pour pouvoir inviter d’autres personnes à une rencontre dans un contexte de spectacle. Tous les samedis, les participants nous rappelaient sans équivoque ‘‘on est ce qu’on est et on dit oui!’’; nous n’avions pas d’autre choix que de les suivre. »

« Plus ils pouvaient grandir et se déployer, plus j’avais l’impression que je pouvais entrer en dialogue avec eux et moi-même fleurir, renchérit Sarah. C’était une espèce de chaine d’ouverture et d’alimentation mutuelles. Il n’y avait pas eux et nous, mais nous tous dans un processus assez fébrile. »

Richesse du dialogue intergénérationnel

« Et si on dansait? donne une preuve de la possibilité et de la nécessité de l’apprentissage entre les générations, de la fluidité du lien entre jeunes et moins jeunes, de la richesse de partager différentes expériences de vie, façons d’être et de réagir, poursuit Sarah. C’est fou de voir combien chacun apprend de chacun. Par exemple, quand le duo permet la rencontre entre le rythme de Jean-Denis, qui est très lent et a tendance à s’immobiliser, et celui de Tiffanie, extrêmement fougueux et explosif, wow, ça crée un nouvel espace créatif, dynamique et tout devient possible. »

« Je n’étais pas convaincu des possibilités avec une équipe multi générationnelle, avoue Emmanuel, mais je suis très heureux d’avoir vécu ce processus avec Sarah. Toute cette chaleur humaine m’a permis de comprendre que l’intergénérationnel est possible quand ta pensée et ton intention sont claires et que tu crées une relation avec le participant, le protagoniste sur scène. Il n’est plus question de TA vision artistique, mais du contact que tu établis avec le terreau. »

Du bon usage du temps

« Je me rends compte aussi qu’en tant que créatrice, je suis souvent dans une frénésie du micro changement, commente Sarah. Je veux vite changer ceci ou cela pour que ce soit mieux, que ça corresponde à ce que j’imagine. Dans ce projet, il fallait au contraire limiter l’information, aller lentement et ne pas trop faire de changements une fois les choses établies. J’ai trouvé très intéressant de devoir accepter les choses telles qu’elles étaient et de faire confiance au fait qu’elles allaient trouver leur rythme. J’ai compris qu’il suffisait de se déposer dans ce qui a été créé et de le laisser vivre pour que ça trouve sa place. Et ça, c’est une grande leçon de vie et d’art. »

« Ce matin encore, on a pris 50 minutes sur les deux heures que nous avions avec eux pour leur faire éprouver le poids de leur tête à déposer dans les mains des spectateurs, raconte Emmanuel. C’est un luxe infini et on tremblait tous les deux intérieurement en se disant qu’on débordait du processus. Mais le cœur de la proposition étant la relation, c’était nécessaire qu’ils ressentent physiquement ce poids pour renforcer cette relation. Tout ce qu’on a vécu avec cet exercice a éveillé en eux la conscience que chaque acte de la danse est consacré. C’était extrêmement long mais nécessaire et tout à fait merveilleux! »

Redécouverte mutuelle

Si Sarah a déjà dansé dans plusieurs œuvres d’Emmanuel, c’est la première fois qu’ils collaboraient dans un projet de médiation artistique avec des rôles très complémentaires comme l’ont mentionné plusieurs des participants dans leurs témoignages. Une occasion de découvrir des aspects de l’autre qu’ils n’avaient pas perçus jusqu’alors.

« J’ai trouvé un extraordinaire équilibre dans notre relation, confie Emmanuel. Elle était très poreuse et constructive. Comme si Sarah et moi étions les deux mains d’un guitariste sans lesquelles aucune musique n’aurait pu sortir de l’instrument. Grâce à elle, je n’ai pas du tout vécu de stress de production. Je me suis concentré sur la création d’un cheminement dans lequel les participants soient à l’aise et qu’ils soient dans une poésie, dans un grand haïku. Et ce haïku est très beau. »

« Pour ma part, je suis assez émerveillée de la rapidité avec laquelle Emmanuel crée une tension spatiale, temporelle, musicale, chorégraphique, indique Sarah. Pour ça, je lui tire mon chapeau! Nous avons aussi découvert des éléments qui se recoupent dans nos modes de création respectifs, comme le travail avec les pierres et les haïkus, que nous abordons de façon très différente. Nous avons dû chercher des terrains de pratique communs, des entrées organiques dans le travail même quand nous ne partagions pas forcément la ligne directrice d’une idée. Pour moi qui ne suis pas tant habituée à la collaboration, c’est une expérience assez marquante. »

Une expérience marquante pour tous qui, devant l’insistance des participants, pourrait bien avoir des suites avec l’aide de Circuit-Est centre chorégraphique. Mais si rien n’est encore très sûr de ce point de vue-là, elle se prolonge déjà autrement pour Sarah avec l’inauguration toute récente des ateliers créatifs intergénérationnels de l’ESPACE ORIRI.


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Répétition générale et présentation publique

La semaine du 25 avril fut particulièrement remplie, deux répétitions générales (mercredi et vendredi) suivies de la présentation publique le samedi. L’émotion était à son comble, entre excitation, hâte, stress et nostalgie des bons moments partagés qui s’achèvent.

La présentation fut un réel succès qui a enthousiasmé les 132 personnes venues assister à la représentation.

Merci à tous d’être venus si nombreux, merci aux participants pour leur implication dans le projet, merci à Emmanuel et Sarah pour leur généreuse contribution.


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Témoignages

Rencontre avec 7 participants plus qu’allumés de Et si on dansait? pour un premier bilan et quelques impressions avant le jour J du 30 avril. Parmi les dénominateurs communs : le désir que la présentation publique ne soit qu’une étape dans la découverte des joies de l’expression par le mouvement et de la création.

Sortir de sa coquille, assouplir le mental

DSC00161Poussée par sa fille à relever le défi de se lancer dans l’inconnu d’une aventure de création, Jocelyne Chevallier, 66 ans, n’y trouve que des avantages. « Ça change tous mes paradigmes », lance-t-elle pour ouvrir notre conversation. Avec une éducation où il était interdit de s’exprimer et une carrière dans la finance, elle n’avait eu jusqu’à présent que la structure pour référence. La danse, elle a toujours aimé ça. Mais avec des comptes et des mouvements qui suivent la musique. « J’étais plutôt conventionnelle, reconnaît-elle. À mon époque, Elvis Presley, c’était le diable! On est à des lunes de ça!» Alors, on comprend bien qu’il lui ait fallu un peu de temps pour réussir à se laisser-aller à l’improvisation, à laisser parler son imaginaire et son instinct.

« L’abandon a été progressif, guidé par Emmanuel et Sarah qui sont très passionnés et nous incitent à les suivre par une série de jeux qui favorisent le lâcher-prise et créent une certaine euphorie. Et puis, la présence des autres a favorisé mon évolution et j’ai découvert avec bonheur que la structure n’est pas la seule voie pour aboutir à quelque chose. »

Retraitée depuis cinq ans, Jocelyne a eu tendance à s’assoupir un peu dans le confort de ses pantoufles. Et si on dansait? a redonné un élan à son désir d’apprendre et de se dépasser et lui procure un sentiment de fierté et d’accomplissement qu’elle a aussi moins souvent l’occasion d’expérimenter. Mais il ne faudrait tout de même pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué : le test final, ce sera la présentation publique. Parce que là, il va falloir bien performer. Et si, bien performer, c’était tout simplement de réussir à composer avec les erreurs, les imperfections, lui dis-je. « Mais oui, je pourrais l’envisager comme ça. Une autre invitation à changer de paradigme », s’exclame-t-elle en riant. 


Retrouver la liberté de l’enfance

Zumba, danses sociales, danse en ligne, club de marche… À 60 ans, Louise Vignis est une de ces retraitées qui croque la vie à belles dents et ne s’ennuie jamais. C’est par le centre communautaire pour aînés Projet changement qu’elle a eu vent du projet organisé par Circuit-Est centre chorégraphique. Pourquoi ne pas ajouter la danse contemporaine à son agenda et pourquoi ne pas y embarquer son amie et complice France ? D’emblée, elle a eu la piqure. Et pour rien au monde, elle n’aurait raté un de ces rendez-vous du samedi matin.

DSC00967« J’ai souvent dit à la blague que je me sentais comme à la maternelle, confie-t-elle. J’ai été élevée par les bonnes sœurs et j’ai envié cette chance que mes filles ont eue de s’épanouir par la pratique des arts à la maternelle. Et bien, c’est chose faite pour moi aussi! »

Fonctionnaire « très encadrée et encadrante » pendant 35 ans, Louise a dû s’adapter, comme plusieurs autres participants, à la liberté offerte par la création avec Emmanuel et Sarah. « Ils nous ont laissés assez libres de nos gestes et de nos pensées, précise-t-elle. Nous devons respecter les grandes lignes du spectacle, mais il y a peu de synchronisation et chacun de nous décide de son interprétation. Ça a été déstabilisant au départ, mais j’ai embarqué et j’en retire énormément de plaisir. »

Le plaisir, ce moteur essentiel de toute activité humaine, est aussi un gage de persévérance. Car, le corps de Louise ne répond plus aussi bien qu’elle le souhaiterait et, soucieuse de sa santé, elle trouve dans la danse créative une occasion idéale de prendre soin d’elle en « bougeant dans la joie ». Un moment d’évasion excellent pour le corps, la tête et le cœur.

 

Partir de soi, aller vers les autres

Il n’est jamais trop tard pour oser la transformation. Richard Trottier en est une preuve vivante. À 70 ans, il s’est inscrit à Et si on dansait? pour vaincre ses blocages dans l’expression corporelle. Avec un projet s’adressant aux personnes âgées, il était sûr que l’on n’exigerait pas de lui une performance. Et pour ce qui est de la mémoire, il a trouvé juste assez de mouvements à mémoriser pour faire travailler le cerveau sans que ça devienne une épreuve. Bref, les conditions étaient idéales pour qu’il se jette à l’eau sans crainte.

« Ce à quoi je ne m’attendais pas et qui m’a beaucoup plu, c’est l’importance accordée par Emmanuel et Sarah à la conscience de son propre corps. Ils nous ont beaucoup poussés à vivre l’expérience de façon plus sensorielle qu’intellectuelle. Comme je travaille toujours très fort dans ma tête, c’était parfait pour moi. Le travail sur le rythme et sur les changements de poids d’une jambe à l’autre m’ont aussi beaucoup aidé. »

DSC00949Autre élément ayant favorisé l’ouverture de Richard : la bienveillance du groupe. « J’ai aussi été agréablement surpris par le fait d’être en contact avec les autres danseurs et avec le public; que ce soit un projet collectif. Je me suis tout de suite senti en confiance. Je savais que je ne serais pas jugé. J’ai été touché de voir que les autres aussi cherchaient à réaliser quelque chose à travers ce projet, y compris pour les artistes. Car ils changeaient parfois d’idée quand certaines propositions ne marchaient pas. Et même si c’était un peu intimidant au départ, j’ai trouvé que le contact corporel renforçait l’esprit de camaraderie et le sentiment de bâtir quelque chose ensemble. »

De nature plutôt individualiste, Richard a découvert ici les joies d’une solidarité tissée dans le silence des danses partagées. Une manière de communiquer inhabituelle qui brise l’isolement typique de la vie citadine, qui ouvre les horizons. Et lui qui s’impose cinq séances hebdomadaires d’elliptique et d’étirements pour pouvoir s’adonner librement aux plaisirs de la table, il a maintenant trouvé une autre bonne raison de se maintenir en forme.

 

Trouver la beauté au-delà des standards

DSC01004Enfant, Céline Cossette dansait dans le sous-sol de la maison familiale en regardant Les Beaux Dimanches à la télévision. Pourtant, c’est au théâtre qu’elle s’adonne depuis plus de 15 ans et, aujourd’hui âgée de 66 ans, elle est en voie de professionnalisation. Cet inspirant projet de retraite, elle l’enrichit aussi de toutes sortes d’activités parmi lesquelles Et si on dansait? Comme bien d’autres participants, elle souligne le plaisir toujours renouvelé des ateliers du samedi, l’intérêt de la diversité du groupe et le confort d’une pratique où on laisse au vestiaire tout jugement et censure.

« J’ai plus l’impression de faire partie d’une aventure que d’une performance; je n’ai pas à rentrer dans un rôle. Je découvre que je peux faire un tout avec mon corps et ce qui est fantastique, c’est que, moi qui déteste les miroirs parce que je me trouve trop grosse, j’oublie totalement mon image quand je danse. »

C’est donc en toute liberté et, dit-elle, avec une forme de naïveté que Céline explore les possibilités de mouvements, s’émerveillant comme une enfant de réussir des choses dont elle ne se pensait pas capable. Au fil des semaines, elle a gagné en souplesse… de corps et d’esprit.

« Quand je regarde les autres danser, je suis touchée par toute cette belle créativité : les gens sont vrais, ils s’expriment à partir de qui ils sont sans souci de faire joli. Je les trouve beaux. Ces ateliers ont réveillé en moi une bienveillance et une capacité d’étonnement que j’aimerais conserver pour regarder le monde. »

Habituée des processus de création, Céline compose facilement avec l’insécurité que génèrent les essais-erreurs et les changements de direction. « On propose; Emmanuel et Sarah disposent. J’ai l’impression qu’ils auraient voulu aller encore plus loin avec nous, mais on est arrivé quand même à une proposition de qualité, très intéressante. Travailler avec eux a renforcé ma conviction qu’il faut faire confiance au processus et au groupe. Bien sûr, l’approche de la présentation publique fait monter la nervosité, mais moi, je ne ressens pas de pression face à ce qui n’est pas bien placé. Il s’agit juste de partager les fruits d’une aventure. »

Poser un nouveau regard sur la danse

DSC09857« Il existe peu de propositions de ce genre pour les personnes âgées et c’est encore plus rare que des hommes s’y inscrivent », se réjouit Danielle Boileau, même si, des cinq hommes présents à la séance d’information de Et si on dansait?, il n’en est resté finalement que trois. Entraînée dans l’aventure par son amie Céline, cette retraitée de 65 ans avait justement abandonné le tango après quatre ans pour cause de manque de partenaires masculins. « Une belle connivence s’est développée avec les gens de mon groupe, on rit beaucoup. Je me sens plus proche d’eux que je ne l’avais imaginé. Et puis, la présence de participantes plus jeunes est très rafraîchissante. L’une d’entre elles est particulièrement pétillante, allumée. »

Des décalages entre ce qu’elle avait imaginé et la réalité des faits, Danielle en a réduit quelques autres au fil des séances. « Je pensais avoir plus de rythme, être plus souple et être capable d’une meilleure fluidité, mentionne-t-elle. Certaines consignes étaient moins faciles à réaliser qu’elles n’en avaient l’air. J’ai dû apprivoiser mon corps. » Heureuse de faire travailler ses méninges tout autant que son anatomie, elle a particulièrement aimé d’avoir à créer sa propre séquence chorégraphique à partir de petits poèmes japonais, des haïkus, tirés au hasard. Autre surprise pour elle : le fait qu’une grande partie du matériel dansé est produit par les participants eux-mêmes.

« Je m’attendais à devoir exécuter une chorégraphie écrite. Pour moi, ce que nous faisons ressemble plus à de l’expression corporelle qu’à de la danse. » Le mouvement doit-il être formel et clairement codifié pour être de la danse? Bien des gens, comme Danielle, en sont convaincus. Pas du tout prête à qualifier de « chorégraphie » la mise en espace de tout le matériel produit pendant les ateliers, elle reconnaît pourtant que le travail présenté le 30 avril résulte d’une démarche artistique mûrement réfléchie. Et ce qu’elle en apprécie le plus, c’est la très contemporaine dimension interactive de ce work in progress.

« Je trouve génial que le public soit impliqué et je n’éprouve aucune gêne à regarder les spectateurs dans les yeux ni à être en contact physique avec eux. Ils vont avoir à se déplacer pendant la présentation pour voir tout le monde. Je pense qu’ils vont se sentir partie prenante du spectacle et qu’ils seront plus attentifs. C’est vraiment bien. »

Déjouer les habitudes, s’inspirer des différences

 Quand elle a vu l’évènement sur Facebook, le fait qu’elle ne corresponde pas à la tranche d’âge des participants recherchés pour Et si on dansait? n’a pas arrêté Tiffanie Boffa. À 23 ans, cette jeune danseuse professionnelle se passionne pour la façon dont le mouvement se fraie un passage dans le corps de non-danseurs adultes et, qui plus est, de personnes âgées. Forte d’une expérience intergénérationnelle vécue l’été dernier, elle a écrit aux responsables de Circuit-Est centre chorégraphique pour voir comment elle pourrait s’intégrer au projet. On lui a tout simplement offert de vivre l’expérience de l’intérieur.IMG_0047esod_atelier_26-03_par CE

« Au début, je ne savais pas comment me positionner, mais je me suis laissée porter par les évènements, guidée par Emmanuel et Sarah. J’apprends énormément en observant leur approche, les difficultés auxquelles ils font face et les solutions qu’ils trouvent. Ils sont très sensibles, très impliqués et complémentaires. Ils ont réussi à établir un réel contact avec tout le monde et à offrir du temps à chacun. »

Aussi pleinement participante que les autres, Tiffanie s’est bien gardée de prendre le lead qu’on lui aurait volontiers laissé lors des explorations collectives. La collaboration avec des non-professionnels l’a même amenée à sortir de ses habitudes, à moduler ses réflexes en recherche créative. « Je ne me suis jamais ennuyée une seule seconde dans cette expérience qui m’entraîne à développer mon écoute face à ce genre de public. Je les trouve volontaires, super investis, prêts à se donner toujours plus à chaque répétition. Ils ont pris de l’assurance au fil des séances, ils prennent plus d’initiatives, dévoilent leur sensibilité, affirment leur personnalité… Ils sont aussi inspirants que n’importe quels danseurs professionnels. »

Se raconter par le mouvement

 Quand sa mère lui a proposé de s’inscrire avec son amie Madeleine pour le projet Et si on dansait?, Mathilde Fortin, 14 ans a dit oui sans trop savoir dans quoi elle s’embarquait. Déjà bénévole auprès de personnes atteintes d’Alzheimer dans le cadre d’un programme du Musée McCord, elle complète ainsi son expérience avec un autre type de représentants de l’âge d’or.

DSC00930« C’est intéressant d’échanger avec des gens plus expérimentés, on a d’autres sujets de conversation, on peut apprendre plein de choses, avance-t-elle, dans un discours très structuré. Je suis un peu timide et ne vais pas naturellement vers les autres, mais les duos nous ont permis de nous rapprocher et, finalement, je me rends compte que l’âge n’a pas d’importance. Quelqu’un de sympa est sympa, c’est tout. »

Initiée au ballet classique qu’elle pratique à raison de deux fois par semaine, Mathilde a aussi eu l’occasion de se frotter à l’improvisation dans un cours de danse contemporaine qu’elle a pris l’an dernier en compagnie de Madeleine qui compose avec elle le pôle adolescent de Et si on dansait? Elle en trouve les exigences parfaitement appropriées à un public avec différentes capacités physiques. De son côté, elle apprécie la liberté de mouvement de la danse contemporaine et le champ qu’elle ouvre à son expressivité.

« En classique, on est tous pareils, il faut contrôler tous ses muscles pour avoir la bonne posture et les émotions sont calculées, on joue un rôle. Je me débrouille bien, mais je ne suis pas dans le Top. Alors qu’ici, tout le monde est différent, il n’y a pas de niveau à atteindre, pas de comparaison. On cherche vraiment le ressenti, les émotions et je me rends compte que je vais beaucoup puiser dans mon vécu pour improviser. S’il ne m’était rien arrivé, je n’aurais aucune base pour danser. Je trouve cette manière de créer très libératrice : danser ce qui m’est arrivé, c’est comme me confier à quelqu’un. Et puis, même quand je ne suis pas inspirée, je commence à bouger et une idée arrive. Je peux faire des choses très différentes sur une même musique selon mon état du moment. J’adore ça. Inventer me rend très fière de moi. »

Également violoniste à ses heures, Mathilde n’éprouve aucune angoisse à l’approche de la présentation publique. Super confiante, elle a même plutôt hâte. « Les ateliers sont axés sur l’exploration, pas sur la mémorisation. La chorégraphie a d’ailleurs souvent changé pour coller à la vision d’Emmanuel et de Sarah. On n’est pas des robots qui doivent tout connaître sur le bout des doigts. Alors, même si c’est imparfait, ça va être beau. Le plus important, c’est de s’amuser. »


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Impressions et partage d’expériences

Jocelyne, Céline et Richard nous ont livré leurs impressions et ressentis sur certains aspects du projet, les voici :

Ma perception du projet:
Jocelyne : Défi, surprenant, emballant
Richard : Un atelier sur une douzaine de samedis, pour sortir de la rationalité et prendre conscience:
– de son corps en mouvement
– de sa pensée, à déplacer du jugement vers le plaisir
– des camarades avec lesquels nous vivons le projet
– de l’espace « sacré » que nous découvrons
– de notre entourage quotidien auquel nous parlons de l’atelier, que nous invitons éventuellement à notre prestation du 30 pour étendre ses horizons
Céline : Un cadeau de la vie!

Ce qui m’étonne:
Jocelyne : Le processus de création (mon expérience d’apprentissage est plus structurée).
Richard : Moi qui ai peu de coordination des mouvements et trop de censure rationnelle, je m’étonne que je puisse compléter la session en sentant que j’y suis à ma place, et que mon corps soit habité par un esprit de danse.
Céline : L’abandon de chacun qui permet une belle créativité collective, l’absence de compétitivité, car on n’a rien à prouver, la présence d’être.

Bénéfice tiré:
Jocelyne : De la nouveauté, vivre une expérience qui était pour moi inaccessible
Richard : Cette initiation à la danse (à 70 ans!) m’a amené quelques petites et belles découvertes: prendre conscience de répéter rythmiquement un petit mouvement, ou de transférer son poids d’un pied à l’autre. Et je sens que d’autres découvertes restent à faire: on pourrait exécuter des mouvements où on doit dépendre d’autres danseurs, geste de confiance qu’Emmanuel et Sarah nous ont encouragés à développer; et il y aurait encore beaucoup d’épanouissement du côté de la conscience du corps, sans passer par son cerveau.
Céline : Un mieux-être, une capacité corporelle inconnue, un plaisir constant, un goût d’être là, une gratitude immense pour Emmanuel et Sarah et l’ensemble de l’équipe.

Les défis à confronter:
Jocelyne : Changer mes paradigmes, apprivoiser le laisser-aller en public, sortir de ma zone de confort, faire confiance aux créateurs (à l’inconnu).
Richard : Persévérer dans la recherche à laquelle nous avons été initiés (ce qui suppose qu’on trouve un cadre de danse où persévérer)!
Échanger entre nous sur ce que nous découvrons dans notre exploration, alors que nous évoluons sur le tapis (ce que nos périodes de deux heures bien remplies ne nous permettaient pas).
Céline : Un lâcher-prise et me faire confiance pour être créative, ne pas chercher à bien faire mais à ressentir dans mon corps, conserver un regard de néophyte ou d’enfant pour être toujours en alerte.

La disposition scénique:
Jocelyne : Spéciale, originale, une expérience à vivre, difficile d’imaginer le feeling à venir.
Richard : La salle? Quelle chance de pouvoir y évoluer! La disposition en deux demi-scènes? Pour atteindre le but de nous rapprocher les uns des autres, et de nos spectateurs du 30 avril, la disposition va probablement dans le bon sens. Je crois en la valeur de ces gestes partagés avec les spectateurs.
La consigne de ne pas voir négativement le fait d’être parfois à l’étroit, je cherche à considérer la proximité comme une des ressources à exploiter, dans notre danse – mais c’est confus.
Céline : J’adore! Une bonne idée que le spectateur vienne à notre rencontre, qu’il puisse choisir d’être loin ou près.

La place qu’occupe la musique:
Jocelyne : J’ai toujours pensé que la musique me porte, que mes mouvements sont influencés par la musique. L’expérience actuelle est un bel exemple de changement de paradigme, donc ma relation avec la musique est présentement en changement/évolution
Richard : Plusieurs personnes, à qui je parle de l’atelier du samedi matin, demandent: « sur quelle musique s’appuie votre danse? ». Les Quatre saisons de Vivaldi, que je réponds; mais je n’y crois qu’à moitié; s’il n’y avait pas de musique, j’aurais presque autant d’engagement dans nos séquences chorégraphiques. Enfin, oui, la musique aide parfois.
Céline : Je ne suis pas très auditive. La musique, c’est un environnement, une atmosphère, une enveloppe, un soutien, un support qui permet une interprétation du corps et de l’esprit en continuité ou en contrepoint.

Commentaires:
Jocelyne : Je trouve l’expérience très enrichissante, une continuité serait vraiment intéressante.
Richard : Ça mérite d’être souligné: les commentaires d’Emmanuel (et de Sarah) sont indispensables, sur les exercices que nous venons d’effectuer ou sur les mouvements que nous nous apprêtons à faire; qu’ils n’hésitent pas.
À la fin des deux heures du 16 avril, Emmanuel avouait que nous n’y étions pas encore, quant à l’exécution de notre phrase collective. Il doit nous rester encore pas mal d’écoute (les uns des autres, en dansant) à développer, et aussi d’autres aspects à expliquer et à améliorer…
Longue vie à « et si on dansait« !
Céline : Merci pour ce plaisir. Je ne veux pas penser à l’après 30 avril. Il y a une communion entre nous, même si nous ne sommes pas vraiment une communauté.


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Et si on dansait? – par Denyse H.

– Oh que oui!!! Dansons!!

…Et continuons à danser l’entrelacs des liens avec soi, et entre nous, avec la matière, la poésie, la musique, la pédagogie, l’imaginaire, la psychologie, la vie, la mort, la nature, nos histoires, nos racines, l’humour, les questions, les peurs, les tâtonnements, la créativité… le cadeau d’être ensemble pour danser.

Être accompagnée par une équipe d’une générosité surprenante, dans un espace magique, consacré à la danse, et faire partie intégrante de ce projet intergénérationnel de médiation culturelle n’est plus juste un privilège, c’est vivre un rêve. Le rêve d’une humanité pour qui l’essentiel est de créer collectivement. Une humanité où danser en ce sens devient aussi naturel et important que manger, travailler authentiquement, ou dormir…

Je suis emballée d’être non seulement témoin, mais aussi participante à part entière dans le processus de création chorégraphique d’Emmanuel Jouthe avec Sarah Dell’Ava, qui nous soutiennent et nous guident avec tant de douceur, d’ouverture et d’engouement, pour que chacun-e danse sa singularité…un ravissement constant.

Je me sens très liée à chacun et chacune et très touchée par ce tissage que nous dansons ensemble. Et infiniment reconnaissante envers Emmanuel et Sarah et toutes ces personnes et organismes qui ont permis ce projet.

Le vrai défi sera de trouver comment s’y prendre pour que cela continue après le 30 avril… Former une troupe peut-être…? Car on ne pourra pas arrêter! On ne doit pas arrêter la danse dans la vie! Ce projet va se multiplier pour le bien-être, le mieux-être, le plaisir, l’enrichissement, le développement de toute la communauté, de tous ses membres, que nous représentons ici.

Car la créactivité, c’est la vie!

Alors, oui, dansons!

Denyse